Régime de retraite des groupes communautaires et de femmes

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Transcription de la vidéo pour personnes malentendantes

Lise Gervais
Coordonnatrice générale, Relais-femmes


Au départ, on était convaincu qu’on n’avait pas de possibilités en travaillant dans le communautaire ou dans un groupe de femmes d’avoir accès à un régime de retraite. Mais, on s’est posé la question à savoir à quoi on aurait droit après avoir travaillé toute une vie dans le secteur communautaire et dans les groupes de femmes et on a constaté qu’avec la Pension de vieillesse du Canada, le Régime des rentes du Québec et même le Supplément de revenu garanti, on se ramassait sous le seuil de pauvreté. Donc, on arrive à la conclusion, a-t-on les moyens de ne pas avoir un régime de retraite?

Un régime de retraite… Une nécessité

Ça n’a pas de sens que les hommes et les femmes, qui ont passé leur vie à améliorer les conditions de vie des autres, se ramassent au moment de la retraite sous le seuil de pauvreté. À quoi ça pourrait ressembler un régime de retraite adapté à notre secteur d’emploi, celui des groupes communautaires et des groupes de femmes? C’est un secteur particulier, on fonctionne avec des subventions, souvent le financement n’est pas très, très régulier, avec des hauts et des bas. À quoi ça pourrait ressembler un vrai régime de retraite, mais qui tienne compte de ces particularités-là? Pour ce faire, on a eu la chance de compter sur une expertise de premier plan. Le service aux collectivités de l’UQAM nous a soutenus dans toute cette démarche-là et nous avons obtenu le soutien financier de la part du Secrétariat à l’action communautaire autonome et aux initiatives sociales et de Centraide du Grand Montréal.


Michel Lizée
Coordonnateur du Service aux collectivités de l’UQAM
Membre du comité exécutif du comité de retraite du RRFS-GCF

Je siège depuis plus de 25 ans au comité de retraite du régime à l’Université du Québec et par ailleurs dans le cadre de mes fonctions à l’UQAM depuis une vingtaine d’années, je fais régulièrement des sessions de formation auprès des membres de comité de retraite issus de la FTQ, ce qui m’a permis de voir le type de problème qu’éprouvent les régimes à prestations déterminées dans le secteur privé et dans le secteur public. Et donc, j’ai pu voir ou constater les lacunes dans la gestion du risque qui pouvait mener ces régimes de retraite là à avoir des problèmes de capitalisation et de solvabilité.

LG : C’est sur ces bases que le 1er octobre 2008, nous avons mis sur pied le Régime de retraite des groupes communautaires et des groupes de femmes. Près de 1000 personnes étaient maintenant couvertes par un vrai régime de retraite qui leur garantissait une rente à vie à 65 ans et qui leur permettrait d’éviter la pauvreté au moment de la retraite.

ML : Quand on a démarré le régime, on avait le luxe de partir à zéro et, dès le début, de s’assurer qu’on mettait toutes les chances de notre bord en termes de gestion du risque pour s’assurer de réaliser nos trois objectifs : (1) payer les rentes garanties que les gens ont acquises, (2) garder la cotisation le plus stable possible et (3) être en mesure d’indexer le plus régulièrement possible les personnes en fonction de la situation financière du Régime.

LG : Dans nos préoccupations, il y avait aussi la capacité de payer des employeurs.

ML : Une fois que l’employeur a accepté de verser une cotisation donnée, disons 3 % de la masse salariale, peu importe la situation financière du Régime, la cotisation du groupe ne changera pas, à moins que le groupe décide une année ou l’autre d’augmenter ou de diminuer sa cotisation patronale.

LG : Chacun des employeurs se pose la question : qu’est-ce qu’on est en mesure de mettre dans le régime de retraite des employés? Donc, ça varie. Les cotisations salariales et les cotisations patronales varient et c’est des décisions par organisation. On sait que l’autonomie de gestion est importante pour les groupes, on a essayé de prendre ça au sérieux aussi.

Régime de retraite ou REER… Quelle est la différence?

LG : On se fait souvent poser la question : pourquoi un régime de retraite à prestations déterminées quand je cotise déjà à un REER?

En fait, ce n’est pas tout à fait la même chose. Ça pourrait se compléter, mais ça ne se remplace pas. Un régime de retraite, ça nous garantit une rente. Un REER, ça nous garantit de l’épargne. Ça nous aide à payer un peu moins d’impôt, et ça nous garantit de l’épargne, mais ça ne nous garantit pas une rente au moment de la retraite.

Et ceux et celles qui avaient des gros REER ces dernières années, ou la dernière année, et qui souhaitaient prendre leur retraite maintenant, ont vu fondre de 25 à 30 % leur épargne REER. Donc, elles sont mal prises parce que ces personnes-là ont voulu prendre leur retraite au moment où il y a une chute du rendement. Tandis qu’un régime de retraite à prestations déterminées garantit la rente et ce, toute la vie durant. En plus, mon épargne d’un REER va fondre avec l’âge, tandis que la rente est garantie à vie, et si j’ai la chance de vivre 105 ans, la rente va me suivre jusqu’à 105 ans.

Un régime de retraite… Comment ça fonctionne?

ML : Pour chaque 100 $ de cotisation versée, le régime crédite une rente de 10 $. Alors si, par exemple, j’ai cotisé 1000 $, le régime me garantit 100 $ dès l’âge de 65 ans jusqu’à l’âge de mon décès. En ce sens là, peu importe le rendement du régime, peu importe la situation financière du régime, le régime doit me verser cette rente-là.

Pour faire en sorte que le régime évite d’être en déficit, le régime nous oblige à ce que dans le 100 $ qu’on verse, on prévoit déjà le coût de l’indexation entre aujourd’hui pendant que je suis actif jusqu’à la date de mon décès. Toute cette indexation-là sert à constituer une réserve. La réserve, quand ça va mal, c’est elle qui absorbe les coûts pour pas qu’on soit en déficit. Mais, quand ça va bien et qu’on veut utiliser les surplus, la première utilisation, c’est de verser l’indexation promise à ceux qui l’ont acquise. Donc, dans ce sens-là, on peut s’attendre à ce que de temps à autre l’indexation soit accordée selon la situation financière du régime.

En cas de départ… Qu’arrive-t-il à mon argent?

LG : On peut se poser la question : qu’est-ce qui arrive à mon argent en cas de départ? Et, on sait qu’il y en a beaucoup, ça roule dans les groupes communautaires. Ou, en cas de décès, qu’est-ce qui arrive à mon argent?

ML : C’est un régime interentreprises. En d’autres mots, il y aura 200 groupes, ou un jour, 300 groupes ou 1000 groupes qui vont participer au régime. Une personne qui, par exemple, va d’un groupe local, à un groupe régional, à un groupe national, va continuer à participer au régime, et va accumuler ses droits dans les différents emplois et, à sa retraite, elle va avoir une rente qui va refléter le total des cotisations qu’elle aura versées au régime pendant toute sa carrière.

LG : En fait, la valeur de la rente accumulée. Donc que vaut la rente accumulée au moment de mon décès ou de mon départ? Ce patrimoine constitué va vous suivre, soit dans un autre emploi, ou dans un transfert dans un régime de retraite, ou dans un compte de retraite immobilisé qui va vous êtes accessible au moment de la retraite ou qui va être donné en héritage à vos ayant droit.

À la retraite… De combien d’argent aurais-je besoin?

ML : Les experts disent que si on veut être capables de maintenir une fois la retraite le niveau de vie qu’on avait avant la retraite, il faut viser à avoir en revenu de retraite à peu près 70 à 75 % du salaire qu’on gagnait avant de partir à la retraite.

Les revenus de retraite, c’est les régimes publics, c’est la Pension de la sécurité de la vieillesse, c’est le Régime des rentes du Québec, et c’est aussi la rente du régime de retraite.

On s’est dit pour être un peu réaliste qu’un certain nombre de groupes pourrait avoir un taux de cotisation peut-être trop faible pour permettre à lui seul d’atteindre cet objectif-là. Et, par ailleurs, on sait que certaines personnes adhèrent au régime alors qu’elles sont déjà à la fin de la quarantaine ou dans la cinquantaine en se disant: « moi je ne réussirai pas à atteindre un revenu de retraite suffisant, je commence trop tard ». Alors, pour toutes ces personnes-là, le régime a prévu la possibilité de cotisations additionnelles que la personne peut soit verser à chaque paye en plus de la cotisation régulière et qui donnent droit à une déduction d’impôts. La personne peut aussi transférer ses REER ou ses fonds d’un autre régime de retraite vers notre régime de retraite. Elle peut aussi lors de son départ à la retraite transférer les montants qu’elle a cotisé au Fonds de solidarité FTQ ou au Fonds d’action CSN, les transférer dans la caisse de retraite et l’ensemble des montants qui auront été accumulés lors du départ à la retraite seront convertis par le régime en une rente additionnelle qui, elle aussi, est garantie et qui elle aussi donne droit au mécanisme conditionnel d’indexation qui permet à la personne tout en s’ajoutant à ses autres revenus de se rapprocher ou d’atteindre l’objectif de 70 à 75 % qui est celui qui serait souhaitable si la personne veut à la retraite disposer du même standard de vie qu’elle avait avant de partir à la retraite. Et donc, dans ce cas-ci, on a essayé de concilier l’individuel et le collectif en permettant que l’un et l’autre se renforcent mutuellement.

Une approche originale… Pour un régime de retraite exemplaire

ML : Une de mes grandes fiertés, c’est d’avoir pu m’associer à des gens du communautaire et de faire en sorte qu’on a utilisé les connaissances des uns et des autres pour bâtir un régime de retraite qui est très différent des autres régimes de retraite dans leur design. Peut-être qu’il y a des bouts où j’ai peut-être contribué au plan technique, mais ceux qui ont dessiné le régime et l’ont rendu adapté aux réalités du communautaire, ce sont les 12 à 13 personnes du comité initial.

LG : On est surtout fier d’être capables de dire que plus de 1 500 salariés du communautaire ont maintenant accès et sont maintenant couverts par un vrai régime de retraite à prestations déterminées qui leur garantit une rente à vie. Plus de 220 groupes issus de tous les secteurs de l’action communautaire ont adhéré au Régime de retraite.

ML : On a pu partir d’une belle feuille blanche et dessiner un modèle de gestion du risque où la viabilité du régime à long terme était au cœur. Et donc, on a à ce moment-là un régime qui se veut un peu exemplaire pour la gestion du risque. On m’a demandé de faire des présentations à d’autres caisses de retraite où j’explique notre approche de gestion du risque et ce que les autres nous disent, c’est qu’on a manifestement une approche originale et intéressante à un problème par ailleurs difficile.

LG : On est très heureux de constater que notre caisse est à plus de 1 500 000 $ et que ce n’est qu’un début.

ML : Quand on regarde le potentiel de ce régime-là, il y a entre 50 000 et peut-être 80 000 ou 90 000 personnes qui dans le secteur communautaire ou de l’économie sociale sont des personnes susceptibles d’appartenir et moi je pense que dans dix ans on va avoir un régime qui va avoir des actifs considérables de plusieurs dizaines de millions de dollars, sinon plus.

Vous pouvez obtenir vous aussi un meilleur revenu de retraite en cotisant dès maintenant au Régime de retraite des groupes communautaires et de femmes.

Pour plus de renseignements

Nous remercions tous les groupes membres du Régime qui nous ont fait parvenir leurs photos et, plus particulièrement :

  • Association L’amitié n’a pas d’âge
  • Centre d’action bénévole de Bedford et environs inc.
  • Centre d’action bénévole Émilie-Gamelin
  • Centre de recherche d’emploi de l’Est
  • Groupe de ressources techniques en habitation de la région de Sorel
  • Fablier, une histoire de familles
  • Projet Changement – Centre communautaire pour les aînés (Photographe : Robert Laliberté)
  • Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec
  • Réseau d’aide Le Tremplin

Recherche et contenu
Michel Lizée et Lise Gervais, en collaboration avec Arielle Hudon-Fortier

Réalisation
Patrick Parent, Daniel Labbé et Guylaine Pariseau

Entrevues
Vanessa Pelletier

Caméra
Jean-François Fecteau

Révision linguistique
Claudette Lefebvre

Graphisme
Photo Veer Marketplace
DizingDesign.com

Musique
Neo Sounds.com

Photographie du comité de retraite
Marie-Andrée Boivin

Montage et infographie Guylaine Pariseau

Réalisation
Daniel Labbé
Patrick Parent
Guylaine Pariseau

Coordination de la production
Pascale Rousseau

Production
Ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale
Direction des communications

Gouvernement du Québec